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lundi 21 août

BLOG REGARD ELOIGNE

NOUVEL ARTICLE DE PRESENTATION DE MON BLOG SUR LES ARTS PREMIERS

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samedi 19 août

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lundi 14 août

VAUDOU(8) PEINTURE ET VAUDOU:LES "SAINT-SOLEIL"

VAUDOU21061

Saint Soleil n’est pas une école de peinture à proprement parler. C’est un groupe d’artistes issus d’une expérience communautaire tentée par deux intellectuels haïtiens, Maud Robart et Jean Claude Garoute, dit Tiga, qui fut animateur au Centre d’Art de Port-au-Prince.
Ayant entrepris, en 1970, la construction d’un atelier sur le terrain qu’ils avaient acheté dans les hauts de Soisson la montagne, Maud et Tiga établirent des relations étroites avec les ouvriers et les paysans du coin. Ils mirent à leur disposition argile, couleurs, toiles, pinceaux et, selon Tiga, ne leur prodiguèrent aucun conseil, se bornant à récolter les offrandes que ces autodidactes devenus peintres apportaient. Saint Soleil était né.

VAUDOU21063Lors de sa première et ultime visite en Haïti, André Malraux passa par Soisson la montagne où tous étaient désormais installés. Il parla à leur propos de “l’expérience la plus saisissante de la peinture magique du XXème siècle”
Ces artistes, illettrés, n’ayant aucune culture de l’art, continuaient d’être maçon, cuisinière, coiffeur... et inventèrent un style pictural inédit.
Des résultats remarquables furent obtenus en peu de temps et, dès 1972, le musée d’Art Haïtien présenta la première exposition des artistes Saint Soleil.
En février 1975, la Société des Arts du F.M.I. de Washington D.C. exposa une centaine de ces œuvres.
Malraux, ébloui par sa visite, leur consacra un chapitre enthousiaste dans son ouvrage “l’intemporel”, publié à titre posthume. Ce texte fit le tour du monde de l’Art..

André Malraux et les peintres de Saint-Soleil :

Durant son séjour à haiti, il s'intéresse surtout à l'aventure de la communauté de Saint-Soleil qu'animent alors deux jeunes Haïtiens, Maud Robard et le peintre Tiga.

"Je crois qu'il y a un premier point qu'il faut souligner - parce que les Français n'ont pas l'air de s'en douter. Il y a en Haïti deux peintures qui n'ont presque aucune relation entre elles. D'une part, les naïfs : à partir de 1943, se développe dans un pays qui n'a jamais eu de peintres pompiers une peinture complètement libre, non académique. Et puis j'aimerais surtout insister sur l'autre versant de la peinture haïtienne qui, elle, est reliée directement au vaudou." MARASSA

"Vers 1972, le musée de Port-au-Prince exposait un ensemble énigmatique de tableaux aussi éloignés de l'école naïve que de l'art occidental       

On ne savait que ceci : des paysans, des maçons, presque tous illettrés n'ayant pas vu d'images — pas même les photos des journaux —, formaient, sous la direction de deux Haïtiens cultivés et artistes, une communauté qui trouvait son principal moyen d'expression dans la peinture, le second étant le spectacle, commedia dell’arte ou psychodrame ; en un mot Saint-Soleil, comme si la liberté seule acclimatait ici, jusque dans ses aventures insolites, l'expérience la plus saisissante et la seule contrôlable de peinture magique en notre siècle : la communauté de Saint-Soleil."

D'abord, qu'était cette peinture de Saint-Soleil, déconcertante même en ce pays où chacun peint comme il lui plaît... Pas question de naïfs. Malades mentaux ? Il manquait les crocs, l'enchevêtrement, le matériel qui fait de leur peinture une peinture enchaînée. Enfants ? Ils ne peignent guère à l'huile... Chaque tableau était manifestement pareil à ceux d'Hyppolite et de Saint-Brice. Ce n'est pas courant de rencontrer une peinture dont on ne décèle ni d'où elle vient ni à qui elle parle."

6_picture1De mars à juin 2000, la Halle St Pierre, avec le concours de la ville de Paris, présentait, dans une vaste exposition intitulée “Haïti, anges et démons”, plus de 200 œuvres et parmi celles-ci, une cinquantaine de peintures des artistes Saint Soleil.
En Haïti il existe deux sortes de peinture: la candide, l’innocente, mise en image colorée d’un talent d’observation; et, à des années lumière, la peinture vaudou, qui ne raconte plus, qui est signe pictural de ce “chevauchement” subi au cours de la transe, cette irruption, par exemple, du dieu de la mer, Agoué; de la déesse de l’amour, Erzulie (...) C’est pourquoi, avec Hyppolite, St Brice et leurs héritiers directs, les Saint Soleil, l’art haïtien change de registre. Il ne cherche plus à plaire, mais à capter cette imperceptible présence, cette incarnation qui, dans la religion vaudou, transforme, pour un instant, le croyant en le réceptacle d’un dieu”.

En effet on ne saurait appréhender ces œuvres hors du vaudou, même si elles ne s’y réduisent pas.
Si elles ne représentent pas vraiment -au sens mimétique- les loas (esprits), elles en sont néanmoins habitées autant qu’inspirées, aux dires des peintres eux-mêmes, et l’on peut avancer qu’elles leur sont parfois destinées.
Elles mêlent, dans un syncrétisme puissant, comme le vaudou haïtien, croix, offrandes, maternités, possessions...

000203Des personnages entourés d’animaux en sont le plus souvent les sujets. Mais ces êtres, nullement réalistes, frôlent le surnaturel: leur expression faciale est invariable, et leurs têtes ou bras multiples et démesurés ondulent, rampent. C’est que Dambala, le loa-serpent, ou sa femme Aïda-Wedo, ne sont pas loin. Chez Denis SMITH, ces personnages sont comme habités par des présences plurielles, animales ou humaines, voire ectoplasmiques.

Dieuseul PAUL les imbrique de telle façon qu’on ne sait plus où commence et où finissent les corps.

Mais les sujets de cette peinture ne se laissent pas aisément définir. On ne peut qu’y déceler des offrandes (pigeon blanc, poisson, feuillage...), des figurations de possessions, d’esprits (la sirène), mais pas plus: elle garde jalousement ses mystères.

Interrogé à propos d’une grande figure au visage blanc, Prospère PIERRE-LOUIS répond, énigmatique, en présentant ses mains: “elles savent”.


“Ces toiles d’Haïti nous posent une énigme. Car l’Afrique qui les inspire évidemment n’a pas de peinture. Mais il est vrai que le chant noir qui a bouleversé le monde, le blues, n’est pas né en Afrique, mais de la complainte des esclaves. Pourquoi la couleur surgit-elle tout à coup en Haïti, plutôt que dans toute autre île des Antilles?” Œuvres inspirées, “dictées”, plus que consciemment créées, si l’on en croit leurs auteurs, la peinture des Saint Soleil présente des caractéristiques particulières.

Affleurement de l’inconscient, elle serait à rapprocher, par les formes et parfois la facture, de ces œuvres étonnantes que Dubuffet regroupe sous le terme d’Art Brut ou que Jean-Louis Ferrier nomme les “primitifs du XXème siècle”: malades mentaux, simples d’esprits ou seulement autodidactes de génie, totalement profanes quant à l’artistique, comme l’étaient, le sont encore, les peintres de Saint Soleil.CINQ_LOAS
Les procédés plastiques récurrents comme l’utilisation de points, de traits en accumulation, l’animation de la surface par de multiples graphismes font également penser aux peintures sur écorce (de nos jours sur toile), des aborigènes d’Australie.

Ces rapprochements ne se limitent pas aux effets visuels. Toutes ces œuvres ne sont-elles pas engendrées par un état hors conscience, qu’il participe de la possession, du rêve, ou de la démence?
Cependant les traits particuliers des peintures des Saint Soleil relèvent à la fois d’une écriture picturale commune et d’un épanouissement de la singularité de chacun.
De composition très symétriques, le plus souvent, elles osent des harmonies colorées d’une grande audace, une saturation graphique forcenée de la surface.
Elles présentent une utilisation quasi-constante du cerne noir ou blanc. Des aplats, sans autre élément que nez, bouche, yeux, dans d’improbables teintes de rose, bleu, violet ou orangé, remplissent les visages, aux traits immuables.
Mais la caractéristique la plus exceptionnelle, que les néo-impressionnistes exploitèrent à la suite des découvertes de Chevreul, fin XIXème (Seurat fut le premier à l’utiliser systématiquement avec le divisionnisme), est la pratique des mélanges et des effets optiques. Mais chez eux, pas de théorie savante: c’est empiriquement qu’ils ont découvert ce phénomène, qu’ils en usent, et pourtant à dessein.

Levoy EXIL fait chatoyer ses corps aquatiques et ondulants par un jeu subtil de rayures aux valeurs contrastées, dont le rythme génère un effet optique de mouvement.
Mais le maître dans l’art de tromper notre perception est Dieuseul PAUL, dont le travail graphique et coloré des surfaces modifie, selon la couleur employée, la teinte de fond.
Face à l’un de ses tableaux, vous croirez qu’il a varié les orangés pour colorer son fond: il n’en est rien, la teinte est la même partout, mais les couleurs de surface, posées en petits points, traits, virgules, trompent notre regard et la font paraître plutôt rose ici, plutôt rouge là...

VAUDOU21062

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